Le paysage du cloud en Europe connaît actuellement des bouleversements importants, notamment avec le départ remarqué de Scaleway du consortium Gaia-X. Cette initiative, lancée pour renforcer la souveraineté numérique européenne face aux géants mondiaux du secteur, se retrouve ainsi confrontée à de nouvelles questions sur sa gouvernance et ses perspectives. Retour sur les raisons du retrait de Scaleway, ses implications pour le projet Gaia-X et l’avenir du cloud européen.
Sommaires
Gaia-X à la croisée des chemins
Créé en 2020 par des acteurs du cloud français et allemands, Gaia-X incarne une ambition claire : promouvoir un écosystème cloud indépendant des grandes multinationales étrangères. L’objectif affiché était de garantir transparence, sécurité et réversibilité des données dans un cadre exclusivement européen. Depuis sa fondation, l’association a attiré l’attention autant par ses objectifs que par les obstacles rencontrés sur sa route.
Dès le départ, Gaia-X a porté l’espoir d’une alternative crédible aux mastodontes américains et asiatiques du cloud. Malgré la participation initiale de nombreux acteurs européens comme Scaleway ou OVHcloud, certains débats ont vite émergé autour de la place laissée à des entreprises non européennes au sein du groupement. Les récents choix de sponsors et partenaires internationaux lors des événements Gaia-X ont alimenté ces controverses sur la souveraineté.
Pourquoi Scaleway se retire-t-il de Gaia-X ?
Le jeudi 18 novembre 2021 marque un tournant dans l’histoire du projet : Scaleway annonce officiellement qu’il ne renouvellera pas son adhésion à Gaia-X pour l’année suivante. Ce choix s’explique avant tout par une divergence de vision stratégique concernant l’évolution prise par l’organisation. La présence accrue de groupes chinois et américains parmi les sponsors – tels que Huawei, Alibaba, Microsoft ou AWS – a suscité de vives réactions chez plusieurs acteurs français du cloud.
Yann Lechelle, directeur général de Scaleway, évoquait alors la crainte de voir se creuser davantage le fossé entre fournisseurs locaux et GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Selon lui, persister au sein d’un consortium qui accorde une visibilité voire une influence importante à des sociétés extracommunautaires risquait d’affaiblir encore plus la compétitivité des offres européennes. Pour Scaleway, filiale d’Iliad, il s’agit donc de réorienter ses efforts vers sa propre performance et celle d’une offre multicloud axée sur la réversibilité réelle des données.
Enjeux et critiques autour de la gouvernance Gaia-X
Les critiques émises par Scaleway pointent vers plusieurs difficultés qui traversent le projet Gaia-X. L’implication grandissante d’acteurs extra-européens dans le fonctionnement, mais aussi dans le sponsoring de l’association, fait craindre une dilution des valeurs initiales portées par le collectif. De plus, la politique d’ouverture à tous types de participants suscite des interrogations quant à la capacité de Gaia-X à préserver la souveraineté voulue dès l’origine.
Le deuxième sommet annuel de Gaia-X, organisé à Milan, a cristallisé ces tensions. Certains membres fondateurs, surpris par l’ampleur du sponsoring venant de sociétés chinoises et américaines, ont exprimé leur malaise devant cette évolution. Pour d’autres acteurs du cloud européen, poursuivre leur engagement dans Gaia-X revêt malgré tout une importance capitale face à la domination persistante des plateformes internationales.
Impact immédiat du retrait de Scaleway
La sortie de Scaleway n’est pas passée inaperçue. Elle fragilise en partie l’image d’un front uni au sein du cloud européen et souligne la difficulté de mener à bien une coopération large sans concessions majeures. Parmi les autres membres clés comme OVHcloud, ce départ agit comme un signal d’alarme, rappelant la nécessité de clarifier le modèle de gouvernance de Gaia-X afin de maintenir la confiance des participants européens.
Pour de nombreux observateurs, cet événement soulève également la question de la dynamique concurrentielle et de la possible redistribution des forces parmi les fournisseurs européens — certains pourraient choisir de concentrer leurs ressources sur d’autres initiatives, voire sur des stratégies individuelles. Cela met en lumière le risque de fragmentation du marché du cloud européen.
Débat sur la souveraineté numérique et la réalité du marché
L’objectif d’un cloud vraiment souverain reste aujourd’hui sujet à débat. Plusieurs experts soulignent la difficulté de construire une croissance durable sans coopérer, d’une manière ou d’une autre, avec les infrastructures existantes détenues par les grands groupes internationaux. La séparation nette prônée par certains pourrait entraîner un retard technologique, tandis que la stratégie d’inclusion favorise l’apprentissage, mais expose au risque de dépendance et de perte de contrôle.
De plus, la notion même de souveraineté numérique ne se limite pas à une question de nationalité des actionnaires ; elle concerne aussi la localisation des données, la maîtrise logicielle et la possibilité de migrer facilement d’un prestataire à un autre. Sur ce point, Scaleway cherche depuis plusieurs mois à promouvoir des offres garantissant la réversibilité totale pour ses clients, illustrant ainsi l’importance de la portabilité dans le cloud européen.
L’avenir du projet Gaia-X après le départ de Scaleway
Suite à ce retrait, plusieurs scénarios sont envisagés pour Gaia-X. Certains prônent un recentrage sur des critères stricts liés à la propriété et la gestion européenne des données. D’autres insistent sur le maintien d’une approche ouverte pour espérer rivaliser en termes d’innovation et d’écosystème. L’enjeu porte désormais non seulement sur l’indépendance technique, mais aussi sur la capacité à faire émerger des champions européens compétitifs.
À moyen terme, le succès du projet dépendra probablement de la cohérence de ses orientations stratégiques et de la poursuite d’une collaboration équitable entre tous les membres, dans un cadre où les intérêts propres de chaque acteur seront inévitablement présents. En parallèle, des ajustements en matière de gouvernance devront répondre aux attentes de ceux qui réclament un retour aux missions et valeurs fondatrices de Gaia-X.
Panorama : principaux acteurs impliqués dans Gaia-X
Au-delà de Scaleway, le projet Gaia-X fédère toujours de nombreux partenaires issus de toute l’Europe, engagés autour de la création de standards communs pour l’échange, la portabilité et la sécurité des données. Afin de mieux comprendre la composition du groupement, voici une synthèse de quelques entités participantes majeures du cloud européen :
- OVHcloud (France)
- Atos (France)
- Deutsche Telekom (Allemagne)
- Orange (France)
- Siemens (Allemagne)
- SAP (Allemagne)
- LuxCloud (Luxembourg)
- Structura-X (plusieurs pays de l’UE)
Chacun joue un rôle spécifique selon ses compétences : hébergement, cybersécurité, interconnexion réseau ou solutions logicielles. Cette diversité illustre la richesse de l’écosystème Gaia-X et la complémentarité des acteurs du cloud européen.
| Entreprise | Pays | Type d’activité |
|---|---|---|
| OVHcloud | France | Fournisseur de cloud |
| Deutsche Telekom | Allemagne | Télécommunications et services cloud |
| Atos | France | Intégration et cybersécurité |
| LuxCloud | Luxembourg | Cloud computing |
Ces collaborations constituent pour Gaia-X un gage de diversité, atout essentiel face à la taille impressionnante des concurrents extra-européens. Ce réseau permet d’espérer une consolidation progressive du cloud européen, malgré les défis posés par la concurrence internationale et les enjeux de souveraineté.
Sources
- https://www.usine-digitale.fr/article/scaleway-claque-la-porte-du-projet-de-cloud-europeen-gaia-x.N1161587
- https://www.alliancy.fr/yann-lechelle-scaleway-quitter-gaia-x-creuser-ecart-gafam
- https://www.electroniques.biz/data-centers-ia/cloud-europeen-scaleway-quitte-gaia-x/
- https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-gaia-x-le-sponsoring-sino-americain-agace-scaleway-s-en-va-84841.html





